Lapidation
On a remplacé le tribunal par le fil d’actualité.
On a remplacé les preuves par les likes.
On a remplacé le "présumé innocent" par "trop tard, il est déjà mort socialement".
Il suffit d’un doigt levé. Un post. Une capture.
Et voilà l’homme à terre.
On ne lui demande plus de s’expliquer. On lui demande de disparaître.
"Arrête ta carrière." "Tais-toi." "Crève en silence."
Accusé, pas condamné.
Mais qu’importe. Dans l’arène numérique, le verdict tombe avant l’audience.
Les témoignages s’additionnent, les mains se lèvent, la foule gronde.
Pas besoin de procès. Le lynchage suffit.
On lui met des coups dans le dos pendant qu’il a encore les yeux bandés.
On détruit 30 ans de travail en 30 secondes de vidéo.
Et quand la poussière retombe, personne ne s’excuse.
On passe à la cible suivante. On a faim.
Le pire ? C’est que ça donne bonne conscience.
Frapper un homme à terre, c’est plus facile que de regarder ses propres ombres.
Alors oui, parle. Accuse. Mais souviens-toi :
Un jour, le fil s’inverse.
Et quand ce sera ton tour d’être seul face à la meute, tu comprendras ce que vaut un procès.
La justice ne se fait pas au hashtag.
La carrière d’un homme ne se brise pas sur un commentaire.
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